Gabon : trahison ou mensonge d’Etat, la République au bord de l’implosion ?

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Le 16 mai 2025, l’ancien Président Ali Bongo et sa famille ont quitté le Gabon au grand étonnement des citoyens.  https://www.reuters.com/world/africa/gabons-ousted-president-bongo-flies-angola-with-family-angola-says-2025-05-16/

L’opinion publique gabonaise s’était indignée voyant ainsi tout espoir de clarification des années de gouvernance et de justice s’évaporer coup d’État. En effet, le 30 aout 2023, la grande majorité des gabonais avait cru en une libération.

Pourtant, la réalité semble être tout autre. En effet, la publication récente d’une vidéo révèle que le coup d’Etat de 2023 a été une simple révolution de palais. Dans cette vidéo, faisant référence à ce coup d’Etat et s’adressant à l’ancienne famille présidentielle, l’ancien chef de la transition affirme « Mieux vaut que ce soit nous ici en famille que quelqu’un d’autre ». Une affirmation qui donne raison aux gabonais qui dénonçaient l’instauration d’une République clanique et fondée sur le tribalisme d’État.

Plus grave, émerge ce que l’on peut qualifier de mensonge d’État, car tout au long de la période de captivité de l’ancienne famille présidentielle, les autorités de la transition ont toujours affirmé qu’elle était détenue à la prison centrale de Libreville.   Or, les propos de l’actuel chef de l’exécutif sont clairs : « vous n’étiez pas en prison, vous étiez ici (à la présidence**, ndlr)**. »

Dès lors, on peut s’interroger : pourquoi n’avoir pas dit la vérité au peuple souverain ? Un peuple désabusé, appauvri pendant plus de 56 ans.

Cet aveu est une véritable douche froide pour tous les Gabonais qui ont cru en un changement véritable.

Une souveraineté remise en cause ?

La souveraineté du pays est remise en cause dans la mesure où, le Président Oligui Nguema affirme avoir donné des garanties au Président français Emmanuel Macron sur la non incarcération de l’ancienne famille présidentielle. Le Président Oligui Nguema affirme : ‘’ je le disais même au Président Macron, ils ne sont pas en prison’’.

 En d’autres termes, dans la République post Ali Bongo, c’est Paris qui dicte le tempo et la cadence ; c’est Paris qu’il faut rassurer.  

Cela porte à croire que le Gabon demeure de fait, une périphérie politique d’autres pays. En fait, les gabonais ont vécu une telle situation avec l’ingérence de la Guinée-Equatoriale dans les affaires publiques et la campagne électorale pour les élections présidentielles, ils l’ont vécue lorsque leur Président de la République et leur ministre de l’économie ont chanté « La Marseillaise » en France.  Ils le vivent maintenant dans l’affaire du procès de la famille de l’ancien Président Ali Bongo.

C’est pourquoi, cette déclaration de garantie s’apparente aux yeux de beaucoup comme étant une trahison. Cela est d’autant plus grave que durant la transition, le pays était aux mains des militaires, de l’armée, censée garantir l’indépendance et l’intégrité du territoire. Difficile donc d’expliquer qu’en 2025, le pays conserve des réflexes d’un État vassal.

De quoi s’interroger à nouveaux sur la sincérité du texte constitutionnel hyperprésidentiel adopté il y a plus d’un an.

Cette Constitution est-elle vraiment le reflet de la volonté du peuple gabonais souverain ?

Procès ou enfumage ?

Malgré le départ du Gabon de la famille Bongo-Valentin, qui s’est fait en dehors de tout cadre légal et de transparence, les autorités de Libreville ont annoncé la tenue d’un procès contre ces derniers à partir du 10 novembre 2025. Premier hic, l’on se demande pourquoi Silvia Bongo et son fils Nourredine Bongo doivent être jugés alors qu’Ali Bongo, principal responsable de la gestion du pouvoir pendant plusieurs années lui, n’est pas concerné. Il s’agit là d’une incongruité.

Ensuite, il faut souligner que tout semble avoir été organisé pour que la décision qui sera prononcée, condamne les accusés par contumace sans que les véritables responsabilités ne soient établies.

Dans de telles conditions, l’issue du procès ne peut établir des responsabilités réelles, encore moins la justice.

Cela ressemble à une énième manipulation, un procès-spectacle dont le verdict semble déjà avoir été écrit à l’avance.

Enfin, il apparaît clair qu’au Gabon, le jeu de chaises musicales amorcé le 30 août 2023, n’a pas conduit à une indépendance de la justice. Cette justice, reste tributaire de l’exécutif, d’une géométrie variable comme l’atteste l’arrestation arbitraire du journaliste Harold Leckat ou encore l’affaire Hervé Patrick Opiangah dans laquelle la puissance de feu de l’Etat s’est invitée dans une affaire de mœurs. Cette justice manque d’impartialité et semble avoir des relents discriminatoires.

Représailles et réponses disproportionnées ?

Depuis que certains activistes ou leaders d’opinion mettent en lumière les dérives et les incohérences du Gabon de l’après Ali Bongo, certains d’entre eux sont traqués, leurs pages internet signalées. D’autres subissent du chantage et font l’objet de harcèlement et revenge porn.

Pourtant, une autre approche est nécessaire car la situation que traverse notre pays est plus grave que ce qui transparaît. Face aux récriminations légitimes de certains compatriotes, il faut répondre par la compétence et la satisfaction des attentes des populations. Les gouvernants sont au service du peuple et non l’inverse.

De l’élite à la caste.

Lorsque des gouvernants cessent de servir au nom de l’intérêt commun mais mettent plutôt en avant leur proximité et choisissent des personnes non pas par le mérite mais par la parenté, il n’y a plus d’élite au pouvoir mais plutôt une caste. Or, la présence d’une caste aux manettes de l’Etat, fait le triomphe de la « médiocratie »

 Le Gabon est en proie à la gouvernance de la médiocratie. Cela se vérifie à travers les coupures intempestives d’électricité, les casses des habitations et logements, l’absence de médicaments pour les personnes atteintes de VIH, la carence en universités publiques, l’insécurité galopante, les nominations dans les secteurs clés de personnes, à la nationalité gabonaise douteuse ainsi qu’une forte tribalisation de l’administration et de la justice.

Que faut-il faire pour changer le cours des choses ?

Au regard de tous les déboires que vivent les Gabonais, de l’absence d’une véritable ceinture de sécurité nationale pour préserver les intérêts du peuple, les événements récents inaugurent une période critique, laquelle peut générer une implosion de la République.

Y a urgence à une révolution sociale et populaire qui mette fin aux privilèges réservés aux mêmes individus et aux mêmes clans pendant que d’autres citoyens croupissent dans la misère, vivent sans médicaments, sans espoir, la mort quasi certaine.

La révolution sociale et populaire est légitime car le pouvoir appartient au peuple comme le mentionne clairement la constitution du Gabon en son article 3.

Ce même peuple n’a jamais demandé à ce que ses bourreaux soient exfiltrés au nom d’une entente familiale ou clanique.

Ce peuple n’a jamais demandé à ce que son Président de la République délègue la souveraineté nationale au Président d’une puissance étrangère.

Par ailleurs, les intellectuels, leaders d’opinion ou acteurs civiques qui hier condamnaient toute forme d’injustice et d’incongruité, devraient arrêter de soutenir « l’État de non-droit » et les mensonges d’État au nom de leurs intérêts personnels et égoïstes car le peuple observe et le moment venu, il leur demandera des comptes.  

Enfin, y a urgence à un rassemblement véritable et sincère des patriotes Gabonais afin de donner au peuple, une vraie dignité. Les gabonais doivent se sentir défendus et protégés par leur État où qu’ils se trouvent.

Le Gabon a urgemment besoin d’un sursaut patriotique pour l’instauration d’une nation solidaire et digne.

Whylton Le Blond Ngouedi Marocko.

À propos de l’auteur : Whylton L. Ngouedi Marocko est un patriote gabonais. Il est diplômé en Sciences politiques / Relations internationales, option Paix, Guerre et Sécurité, des universités de Naples Federico II et Rome 3. Il est docteur en Droit public comparé et international de l’Université de Rome 1, La Sapienza. Travailleur social, il a également travaillé pour l’UNICEF Italie comme dialogatore et fundraiser. Il est membre de la Task Force « Ricerca Azione » d’Amnesty International (Rome, Italie).

Whylton L. Ngouedi Marocko se bat pour un Gabon juste et solidaire, débarrassé du tribalisme ; une nation gabonaise dans laquelle personne ne sera victime d’oubli, de précarité ou d’insécurité. Il est auteur de « Le Gabon que nous voulons. En avant vers le socialisme Bantou-Pygmée ».

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