Coups d'Etat: quel avenir pour le Sahel?

Qui veut la peau du général Tiani ? Ce que la tentative de putsch du 29 août révèle sur le Sahel

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Depuis le coup d’État de juillet 2023 qui a mis fin au pouvoir du président Mohammed Bazoum, le Niger vit au rythme des risques d’instabilité et des tentatives de déstabilisation. D’abord la menace terroriste permanente, qui a débouché sur l’attaque de l’aéroport de Niamey par l’État islamique en janvier 2026, puis par le JNIM (Groupe de Soutien à l’islam et aux Musulmans) fin juin 2026, faisant 13 morts. Aujourd’hui, dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août 2026, une nouvelle crise. Les raisons évoquées : officiellement, le ministère de la Défense du Niger parle d’un groupe de soldats en rupture avec le règlement militaire qui a entrepris de séquestrer certains de leurs camarades dans la caserne de la base 101 de Niamey et d’effectuer des tirs sur certains sites sensibles de la ville de Niamey. Cela dit, si la déclaration du ministère de la Défense fait penser à une sorte de mouvement d’humeur ou à une simple mutinerie, la réalité est plus nuancée. Il s’agit véritablement d’une tentative de renversement du régime du président Tiani, autrement dit une tentative de coup d’État.

La principale raison réside dans le fait que les événements ont lieu à la base 101 de Niamey. Une base hautement stratégique, certainement la plus importante du pays, car elle abrite la majorité des avions et drones militaires du Niger. Elle est aussi le quartier général des forces étrangères et de l’AES (Alliance des États du Sahel), qui comprend le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Par le passé, c’est-à-dire jusqu’en juillet 2024, la base 101 était une base aérienne américaine clé (Air Base 101), utilisée pour des missions de renseignement par drones Reaper dans le cadre de la lutte antiterroriste au Sahel. Les États-Unis y ont opéré pendant 15 ans avant leur retrait, demandé par les nouvelles autorités. Véritable centre névralgique et épicentre de la stratégie sécuritaire de Niamey, la base 101 accueille des forces russes et près de 300 soldats italiens qui y travaillent dans le cadre d’un accord bilatéral.

Au-delà du militaire, la base 101 est devenue un enjeu économique et nucléaire majeur. Sur son tarmac, ou à proximité immédiate, sont stockées plus de 1 000 tonnes de concentré d’uranium (yellowcake), objet d’un bras de fer entre le gouvernement nigérien et l’entreprise française Orano, suite à la nationalisation de la mine de SOMAÏR en juin 2025. La valeur de ce stock est estimée entre 230 et 380 millions d’euros.

Qui est derrière le coup d’État avorté ?

Difficile de nommer avec exactitude les auteurs du putsch. Il s’agit tout de même de certains membres des forces de défense nigériennes, comme l’a indiqué le ministre de la Défense, le général Salifou Mody. Leur objectif était, entre autres, d’occuper le palais présidentiel et la télévision nationale (Télé Sahel), de décréter un couvre-feu, la fermeture des frontières terrestres et aériennes et l’arrestation des plus fidèles collaborateurs du président Tiani.

La France : l’accusation permanente

Suspect diplomatique par excellence : la France sera certainement pointée du doigt. Depuis la rupture de 2023, Niamey accuse régulièrement Paris de financer les groupes armés pour déstabiliser le pays. Paris dément systématiquement. Mais dans un contexte où les relations franco-nigériennes sont au plus bas — troupes françaises expulsées, Orano nationalisée, uranium bloqué sur une base militaire —, voir le gouvernement nigérien évoquer la main noire de Paris derrière une révolte armée, quoique interne, ne devrait pas surprendre. Mieux encore, cette bataille pour la répartition et le contrôle des bénéfices de l’exploitation de l’uranium au Niger n’est pas nouvelle. Elle date de 1968, période à laquelle le président nigérien Hamani Diori exprimait déjà son mécontentement.

Quelles conséquences ?

Deux scénarios s’esquissent. Le premier : un durcissement sécuritaire immédiat. La garde présidentielle, qui a prouvé sa loyauté envers le président Tiani, devrait voir ses prérogatives et ses moyens renforcés.

Le second : une purge dans les rangs de l’armée, car l’histoire récente de l’Afrique subsaharienne et particulièrement du Sahel montre que les systèmes fragilisés par des mutineries répondent par l’arrestation de cadres suspects et la réorganisation des commandements. En l’occurrence, il apparaît évident qu’il y a des complicités au sein de la Grande Muette, car si l’armée était restée compacte, il aurait été très difficile, voire impossible, pour les auteurs du coup d’État de se rapprocher des sites névralgiques et sensibles comme la base 101 et les environs de la présidence de la République du Niger.

Toutefois, le vrai danger pour le président Tiani pourrait venir d’ailleurs. Tant que les 1 000 tonnes d’uranium resteront bloquées à la base 101, trop visibles pour les djihadistes, trop litigieuses pour les marchés , le régime nigérien aura beaucoup de militaires et peu de ressources. Un régime qui ne peut ni vendre son minerai ni garantir la sécurité de sa base la plus stratégique cumule les fragilités. La nuit du 28 août n’en était peut-être que la première manifestation.

Entre soldats russes d’Africa Corps, militaires italiens et 1 000 tonnes d’uranium que revendique la France, la base 101 est devenue le symbole d’un Niger sous tension. Tout ceci laisse croire que jusqu’en 2030, le Sahel et le Niger en particulier seront encore en mouvement.

La nuit du 28 août ne dit pas seulement que des soldats mécontents ont tiré en l’air. Elle dit que le régime Tiani, pourtant verrouillé sur le papier jusqu’en 2030, montre ses premières lignes de fracture. Elle dit que la base 101, symbole de la nouvelle alliance avec Moscou et de la rupture avec Paris, est devenue trop stratégique pour être tranquille. Elle dit que Tiani dispose encore d’une garde présidentielle fidèle, mais que l’armée régulière, celle des 100 000 recrues qu’il veut lever, n’est pas encore la sienne.

Ce que cette nuit cache est peut-être plus important que ce qu’elle révèle. Car ce qui se joue au Niger: fractures militaires, ingérence étrangère, tentatives pillage des ressources, Etat fragilisé, n’est pas une exception. C’est la même dynamique qui fait le lit de Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad. C’est la même reconfiguration géopolitique qui redessine les alliances sécuritaires de tout le Sahel. Comprendre le Niger sans comprendre Boko Haram, comprendre Tiani sans comprendre les acteurs locaux et les puissances extérieures qui s’affrontent dans l’ombre, c’est comprendre à moitié. Et dans cette région, comprendre à moitié, c’est ne pas comprendre du tout.

Vous voulez voir le tableau entier ?

Ce qui vient de se passer à Niamey n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière la mutinerie du 29 août, il y a un système, un échiquier géopolitique en mouvement permanent, où les fractures de l’armée nigérienne, les convoitises nucléaires, la présence russe et les stratégies jihadistes ne font qu’un.

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À propos de l’auteur

Whylton Le Blond Ngouedi Marocko est docteur en Droit public comparé et international (Università La Sapienza, Rome). Chercheur à l’IREF (Istituto di Ricerche Educative e Formative, Janvier-Juillet 2026), il est auteur de publié dans l’Osservatorio Romano sulle Migrazioni (IDOS, 2026). Il détient également une laurea magistrale en Relations internationales, filière Paix, Guerre et Sécurité (Università Roma Tre). Membre de la Task Force Ricerca-Azione d’Amnesty International Italia, il intervient en tant que conseiller politique actif auprès de plusieurs personnalités d’Afrique subsaharienne.

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