Comment Gbagbo et Ouattara ont piégé tout le monde.

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Depuis sa chute en 2011 et son arrestation, Laurent Gbagbo n’a cessé d’être au centre des questions politiques en Cote d’Ivoire. S’il est vrai que pour beaucoup, parmi lesquels ses ex proches collaborateurs, son acquittement était une gageure,  Le Président Laurent Gbagbo habitué des séjours carcéraux a toujours cru en sa libération. C’est vraisemblablement pour cette raison que l’homme a souvent fait preuve de tact.

On a constaté  dès  son acquittement qu’il a  évité la perche qui lui était tendue par le Président Ouattara. En fait, Laurent Gbagbo avait un premier défi à relever. Celui de ne pas présenter son éternel rival comme son bienfaiteur. Il aurait refusé un avion présidentiel mis à sa disposition, il n’est pas non plus passé par le pavillon présidentiel à sa descente d’avion à Abidjan. Au contraire, il a plutôt choisi de fustiger l’attitude de la police ivoirienne contre ses partisans.

Son deuxième défi était celui de conserver sa marge de manœuvre et de se poser comme élément incontournable de la réconciliation. Pour ce faire, il a choisi l’église catholique comme tribune lors d’une messe, afin de montrer que sa volonté de prôner et d’aller à la réconciliation n’obéit à aucune contrainte politique et n’est soumise à aucune pression du gouvernement du Président Ouattara. Chez Gbagbo, la réconciliation nationale n’est pas l’initiative d’un camp c’est l’affaire de tous.

En réalité, le message et la mentalité de Laurent Gbagbo se résument en ces termes:  » au dessus de moi, il n’y a que Dieu et le peuple ».

Le troisième pari non moins négligeable, était d’éviter de rentrer dans une querelle de leadership du FPI. Laurent Gbagbo est un renard dans la jungle qu’est la politique ivoirienne, l’homme sait voir le mal de très loin. C’est pourquoi dès son transfèrement à la Haye, il a évité de passer le témoin F.P.I (Front Populaire Ivoirien, son parti politique) à certains courtisans, préférant déléguer de façon provisoire et non définitive. Cette cohérence s’est poursuivie jusqu’à sa libération. Faut-il rappeler que l’homme n’avait donné aucune consigne de vote lors de la dernière élection présidentielle malgré les yeux doux que lui faisaient les galaxies Soro et Bédié ?

Depuis son retour au pays, il est évident que Laurent Gbagbo ne dispute le FPI avec personne car il est l’âme du parti, son fondateur. En se rendant à son QG de campagne puis en se déclarant soldat au service du Front Populaire Ivoirien prêt à aller à la bataille, il a mis son ancien premier ministre Pascal Affi N’guessan face à ses propres contradictions. Ce dernier a toujours martelé qu’il laisserait le parti à Gbagbo en cas d’acquittement. Mieux, à Abidjan et dans sa région natale, l’ancien Professeur d’Histoire a reçu un accueil triomphal, preuve que l’homme demeure populaire.

                                         L’équation Alassane Ouattara.

D’abord réticent à l’idée de tout contact avec son ancien adversaire, le Président Alassane Ouattara s’est très vite ravisé lorsque ses conseillers et  »Spin doctors » lui ont fait comprendre qu’une attitude hostile envers Gbagbo pouvait laisser penser qu’il craignait l’ancien Chef de l’Etat ou même  que le Président Ouattara avait quelque chose à se reprocher. Aussi, faut-il démontrer que Laurent Gbagbo ne constitue plus une menace. C’est pourquoi, en bon stratège, l’ancien économiste du F.M.I a donc décidé de prendre l’initiative. En effet, favoriser le retour de Laurent Gbagbo, lui garantir ses émoluments d’ancien chef de l’État et renoncer aux poursuites judiciaires relatives au braquage d’une banque, donne à Alassane Ouattara le statut d’artisan de la paix, de la cohésion et d’acteur majeur voir principal de la reconstruction de la Côte d’Ivoire.

Alassane Ouattara s’est révélé être le maître du jeu politique. Resté longtemps dans son mutisme habituel, homme peu bavard; en recevant Laurent Gbagbo, il prend ses distances d’avec les va-t-en- guerre du RHDP. En utilisant une rencontre avec en toile de fond la réconciliation nationale, il gomme le passé et met à l’épreuve Laurent Gbagbo. Si ce dernier refuse la rencontre, cela veut dire qu’ il ne souhaite pas faire la paix. En organisant ce rendez-vous à la présidence, sanctuaire d’Alassane Ouattara,  ce dernier devient la clé de voûte au dessus des partis en Côte d’Ivoire; un homme apparemment pas rancunier. Il reste ainsi fidèle à ses propos :  » je n’ai jamais eu de problèmes personnels avec Laurent Gbagbo ». Alassane est le Président de tous les ivoiriens même de Laurent Gbagbo, . C’est là toute la symbolique et le message caché de la rencontre du 27 juillet 2021 entre les Présidents Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo.

Toutefois, les deux hommes en sortent quand même ragaillardis aux yeux des ivoiriens. Enfin, cette  rencontre devrait acté un dégel, une trêve entre le trio Bédié-Gbagbo-Ouattara. Mais il n’est pas à exclure que les hostilités politiques reprennent très vite et ce, même par blocs interposés.  

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