Pourquoi la CAF a donné raison au Gabon? Les dessous d’une affaire sportive devenue conflit diplomatique.

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Le 25 mars 2021, l’équipe nationale de football du Gabon affrontait les léopards de la RDC. Le match se soldait par un score de 3 buts à zéro en faveur des gabonais. Quelques jours plus tard, les congolais criaient à l’imposture ;une rumeur se répandait sur la toile. Un des joueurs gabonais, Kanga Guelor serait en réalité un ancien zaïrois né Kianga Kiaku Kiangana.  Ce qui semblait être une simple boutade devient progressivement une affaire sérieuse et les officines RD congolaises ne cessaient d’évoquer une saisine auprès des instances de la caf pour disqualifier les gabonais.

Le 03 mai 2021, le  Président gabonais prenait les choses en main. A l’offensive et en première ligne, il recevait en audience à la présidence de la République, son ministre des sports et l’entraîneur de l’équipe nationale de football,le français Patrice Neveu.  Le Président  se disait confiant pour la suite. Dès cet instant, le message est clair! Libreville tient absolument à voir son équipe à la coupe d’Afrique, c’est aussi une question de survie pour le régime.

L’affaire Kanga Guelor devient une affaire d’État. Internautes, journalistes, fédérations, tout le monde en parle.

Cependant, les gabonais adoptent une stratégie qui va s’avérer très efficace. Dans un premier temps, ils banalisent la rumeur, ensuite ils se montrent sereins et évitent toute déclaration officielle compromettante. Ce bémol permet au joueur Kanga Guelor et à sa famille de gagner du temps et de mieux affronter cette tempête. Par ailleurs, le joueur bénéficie du soutien total de son pays le Gabon et même de son club, l’étoile rouge de Belgrade.

La stratégie de communication de crise du Gabon est pyramidale, elle part du sommet vers la base et repose sur une synergie des forces. Le résultat d’une telle approche, c’est la préservation du lien moral, indispensable pour la victoire.

La RDC par contre, opte pour l’agitation médiatique, fait parfois dans la surenchère et va jusqu’à favoriser la diffusion de fake news. Elle semble avoir plusieurs canaux de communication, ce qui engendre une confusion et laisse entrevoir une désorganisation, un manque de cohésion. Elle dépose enfin plainte pour usurpation d’identité auprès de la confédération africaine de football (caf) le 14 avril 2021 .

Mieux, la presse congolaise prétend que même les services de renseignements et de l’information congolais sont sur le coup et entendent épauler la fédération congolaise de football dans sa bataille juridique contre le Gabon. On cite pèle mêle l’Agence Nationale de Renseignements (ANR), le ministère des affaires étrangères, les instances ayant en charge les cartes d’électeurs ; mais fait étrange, les autorités politiques congolaises  semblent très peu ou pas impliquées dans ce bras de fer diplomatique.

L’opinion publique congolaise va plus loin, elle met en garde la Caf contre toute décision en faveur du Gabon et le bombardement médiatique se poursuit afin de faire pression sur l’institution africaine de football.

Les gabonais parcontre, se choisissent une seule voix autorisée: la fédération gabonaise de football (Fegafoot). Cette dernière, caisse de résonance du palais présidentiel pour la circonstance marque son attachement à l’autorité de la caf, se dit confiante et évoque la question sous un angle objectif, celui du droit et de la preuve. La Fegafoot communique très peu mais sort de son silence à chaque fois qu’il s’agit de démentir une information qui vise à entacher l’image du pays.

Cela dit, au-delà même du caractère fondé ou non de la plainte de la Fecofa, les Congolais semblent oublier un détail important.

la Caf aura bien du mal à débouter un allié sûr comme le Gabon. En fait, le pays de Aubameyang avait déjà épaulé la Caf en répondant présent en 2017, lorsque pour des raisons liées à l’instabilité politique, la Libye n’était plus en mesure d’accueillir la coupe d’Afrique des Nations. Il se dit même que le Gabon est un contributeur important au sein de la Caf.

A cela s’ajoute, le fait que la carte d’identité demeure un luxe en RDC et qu’ en matière d’identification, le pays a de gros problèmes à cause des conflits à répétition qui ne facilitent pas la mise en place d’un système bureaucratique stable et fiable. Du coup, difficile de témoigner de l’authenticité des documents congolais.

Ainsi, sans grande surprise, le 24 mai 2021, l’instance faîtière du football africain (Caf) déboute la Fédération Congolaise de Football ( Fecofa). Cette décision sera confirmée par la Caf le 08 juillet 2021 à la suite de l’appel fait par la Fecofa.

Une question de survie politique.

Au Gabon, les élections présidentielles auront lieu en 2023, la Can elle, se déroulera 18 mois avant au Cameroun. Une non participation à cet événement est une défaite diplomatique grave et une entorse à la future campagne électorale du parti au pouvoir. Or, avec une prestation honorable à la coupe d’Afrique des Nations, on peut atténuer les tensions sociales.

Dans un continent où le sport est étroitement lié à la politique, les régimes jouent parfois leur survie sur les espaces verts.

On se souvient par exemple de l’influence qu’exerçaient les Moubarak sur la sélection des Pharaons d’Égypte ou comment la victoire des aigles de Carthage en 2004 en Tunisie a conforté le régime de Ben Ali. Pis, la récente victoire de l’Algérie à la Can a relégué en second plan les problèmes de Santé du Président Tebboune.

Par conséquent, pour le Gabon, il s’agit d’une victoire diplomatique précieuse. Quant à la confédération africaine de football, elle est certes habitée par le désir de dire le droit  mais il s’agit aussi de ne pas perdre un allié stratégique.

Sur le plan purement sportif. Pour les panthères du Gabon,  c’est un avantage psychologique important. L’équipe a gagné sur le terrain de la manière la plus éclatante et également sur le plan juridique. Mieux, elle apparait désormais comme l’une des équipes les plus attendues à la prochaine coupe d’Afrique des Nations.  

Cependant, les futures confrontations entre les léopards de la RDC et les panthères du Gabon auront une autre saveur, elles seront sans doute plus disputées. Il y a désormais un “avant” et un “après” scandale  »Kanga Guelor”.

Enfin, sur le plan juridique, la CAF, vient peut-être de créer  » la jurisprudence Kanga Guelor ». Elle servira de support pour des cas similaires à l’avenir.

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