Lettre ouverte aux parlementaires de la transition, aux membres des commissions du dialogue national, aux autorités et aux forces vives du Gabon.

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Chers Parlementaires de la transition, membres des commissions du dialogue national, chers dirigeants et à vous mes frères et sœurs du grand peuple Gabonais.

En cette période cruciale pour notre nation, alors que nous posons les fondations de notre avenir démocratique, je me permets très fraternellement de vous adresser cette lettre ouverte afin de vous sensibiliser aux dangers inhérents à l’adoption d’un système semi-présidentiel ou présidentiel pour le Gabon.

Nous vivons une époque où les décisions que nous prenons auront un impact profond et durable sur le destin de notre pays et de notre peuple. Il est de notre devoir de veiller à ce que ces décisions soient prises dans l’intérêt supérieur de la nation, en préservant les principes fondamentaux de la démocratie et de la justice.

Depuis le début de cette transition, acteurs politiques, leaders d’opinion, personnes qui gravitent autour de l’exécutif actuel n’ont de cesse de parler d’élection présidentielle, de suppression du poste de Premier Ministre ou encore de l’instauration d’un ticket. En Somme, un narratif qui montre clairement, que l’on souhaite servir aux gabonais le semi-présidentialisme ou le présidentialisme pour les prochaines années.

Pourtant, on ignore pas que ces systèmes ne correspondent pas à notre réalité, nos systèmes de gouvernance endogène et précoloniale.

Mieux, le semi-présidentialisme et depuis 2009, de fait l’hyper présidentialisation, ont conduit le pays dans le népotisme, le clientélisme, la corruption et l’opacité en matière de gouvernance. Niant au peuple son pouvoir souverain et le laissant dans le chômage, la misère, l’abandon, l’insécurité.

L’adoption à nouveau d’un système semi-présidentiel ou présidentiel présente des risques graves pour la gouvernance et l’avenir d’une nation aussi jeune que la nôtre. Ces systèmes concentrent les pouvoirs exécutifs entre les mains d’un seul individu, érodant ainsi les contrepoids nécessaires à une gouvernance équilibrée et transparente. Le résultat est un manque de responsabilité et de reddition de comptes, où les décisions importantes sont prises de manière unilatérale, sans consultation ni délibération souveraine et consensuelle.

De plus, ces systèmes entravent la capacité du peuple à exercer un contrôle effectif sur les contrats miniers et d’autres ressources vitales. En concentrant le pouvoir entre les mains du président, ils laissent peu de place à la participation citoyenne dans la prise de décision, créant ainsi un environnement propice à la corruption et à l’exploitation des ressources nationales au détriment du bien-être de la population.

En transformant l’assemblée nationale en une simple chambre d’enregistrement, ces systèmes sapent le rôle crucial du législatif dans le processus démocratique. Au lieu d’être un forum pour le débat et la représentation des intérêts divers de la population, l’assemblée devient un organe impuissant, incapable de remplir son mandat de contrôle et d’équilibre face à l’exécutif.

En outre, l’adoption de ces systèmes favorise le népotisme et le clientélisme, en plaçant souvent des proches du président à la tête des institutions clés telles que la Cour Constitutionnelle, les forces de défense et les finances. Cela affaiblit davantage la confiance du public dans les institutions de l’État et alimente le sentiment d’injustice et de marginalisation au sein de la population. Sans oublier les risques d’aggravation des phénomènes que sont l’ethnisme, le clanisme etc.

Pis, ces systèmes ouvrent la voie à une influence démesurée des multinationales et des anciennes puissances coloniales sur le président de la République. En concentrant autant de pouvoir entre les mains d’un seul individu, ils rendent le chef de l’État vulnérable aux pressions extérieures et compromettent ainsi la souveraineté nationale.

Enfin, ces systèmes sont à l’origine des crises, contestations postélectorales suivies de massacres et surtout des coups d’Etat.

C’est pourquoi, je vous exhorte, chers Parlementaires et membres des commissions du dialogue national, à tenir compte ces risques de dérive institutionnelle avant de prendre toute décision quant à la structure de notre système gouvernemental.

Optons pour un modèle qui favorise la séparation des pouvoirs, la reddition de comptes, et la participation citoyenne active. C’est ainsi que nous pourrons véritablement garantir un avenir démocratique et prospère pour le Gabon et ses citoyens.

Je propose l’adoption d’un système parlementaire qui donne véritablement le pouvoir au peuple. Avec pour les députés et les dirigeants, l’instauration d’ un mandat impératif rationalisé.

Que nous envisagions sérieusement l’instauration dans notre constitution du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), permettant ainsi au peuple d’exercer un contrôle direct sur les décisions gouvernementales importantes, notamment en ce qui concerne l’exploitation des ressources naturelles et les contrats qui y sont associés. Le RIC serait un outil essentiel pour garantir la transparence et la responsabilité dans la gestion de nos précieuses ressources, tout en renforçant la confiance entre le gouvernement et ses citoyens.

Il s’agit en réalité d’un système parlementaire où le pouvoir exécutif serait exercé par un Premier Ministre élu pour un mandat de quatre ans, suite à des élections législatives transparentes. Les députés, élus par le peuple, auraient alors pour obligation de rendre compte de leur travail au moins tous les trois mois à leurs électeurs, assurant ainsi une supervision constante de leurs actions et une représentation véritable des intérêts de leurs circonscriptions respectives.

Une gouvernance directe participative, dans laquelle le gouvernement serait tenu de rendre des comptes et pourrait être démis s’il ne répond pas aux attentes et aux besoins de la population et ne défend pas la constitution. Cette responsabilité directe vis-à-vis du peuple garantirait une gouvernance plus transparente, plus efficace et plus juste.

En adoptant un système parlementaire souverain et en mettant en place des mécanismes tels que le RIC et la responsabilité directe du gouvernement devant le peuple, nous pourrions véritablement construire un gouvernement pour le peuple, par le peuple. Cela renforcerait notre démocratie, garantirait une représentation plus équitable des citoyens, une souveraineté totale et placerait le Gabon sur la voie d’un avenir prospère et juste pour tous ses habitants.

Je vous prie, chers Parlementaires et membres des commissions du dialogue national, de considérer sérieusement cette proposition et d’œuvrer ensemble pour mettre en place un système gouvernemental qui serve véritablement les intérêts du peuple gabonais.

Veuillez trouver ici, toute ma sincérité, mon patriotisme et l’amour que je vous porte au nom de ce que nous avons de plus cher et en commun : Le Gabon.

Très respectueusement.

Whylton Le Blond Ngouedi Marocko.

Docteur en Droit Public Comparé et International. Citoyen et Patriote Gabonais.

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