Afrique: quelles guerres?

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Le continent africain semble avoir tourné la page  des guerres entre Etats, celles-ci ne sont plus fréquentes; l’un des rares conflits jusqu’ici encore en cours, entre l’Ethiopie et l’Erythrée s’est arrêté avec le rapprochement entre le Premier Ministre ethiopien Abiy Ahmed et le Président érythréen Isaias Afewerki .

Depuis, l’Afrique fait face à de nouvelles menaces dont le terrorisme et les conflits inter ethniques qui semblent refaire surface, du moins les signes annonciateurs sont perceptibles dans plusieurs Etats subsahariens. Au Tchad par exemple, les population Toubou du Tibesti disent être harcelées  par le gouvernement à cause de la richesse (dont l’or) du sous-sol de leur province.

La nécessité d’une reprogrammation stratégique, et militaire s’impose donc.  La guerre en Afrique est désormais  plus interne, c’est-à-dire entre des acteurs qui se trouvent sur le même territoire et non plus qu’à l’extérieur. Elle concerne souvent le contrôle des ressources minières qui oppose des milices et des factions à l’Etat.

Le risque aujourd’hui se trouve particulièrement au niveau des conflits ethniques dans la mesure où la configuration politique des pays subsahariens est construite sur base ethno régionale, on retrouve souvent des administrations aux mains des membres d’un même groupe ethnique, des gardes non pas républicaines mais prétoriennes  appartenant à la tribu ou au clan du Président de la République.

Les récents propos du vice-ministre camerounais de la justice, Jean de Dieu Momo sur l’ethnie bamiléké en est la preuve. En effet, pour ce dernier, les bamilékés devraient faire attention à leur excès de zèle, au risque de finir comme les juifs dans les chambres à Gaz.

Pas loin du Cameroun, au Congo Kinshasa, lors du dernier meeting de la coalition politique Lamuka, certains manifestants ont scandé des slogans d’appel au meurtre contre les Baluba, l’ethnie du nouveau Président Felix Thsisekedi Tshilombo.  Toujours en RDC , dans le Kivu, la communauté Nandé  fait l’objet d’une épuration ethnique progressive, laquelle a conduit à une riposte Nandé contre l’ethnie rivale Hutu accusée d’en être responsable.

Même chose au Congo Brazzaville où la question du génocide des Laris dans la région du Pool agite le débat public. Dès lors, on peut avoir peur de ces velléités de nettoyage ethnique.

Il s’agit donc d’un phénomène endémique interne et propre à plusieurs Etats,  observable un peu partout.

Ce n’est pas tout, à cause du terrorisme qui ronge aujourd’hui le sahel avec la présence  au Mali, en Algérie, et au Niger de Al Qaida au Maghreb Islamique, de Boko Haram au Cameroun, au Nigeria, au Tchad, au Niger et de Al Mourabitoune en Mauritanie et au Burkina-Faso , on comprend que les conflits internes et les guerres asymétriques, constituent aujourd’hui le véritable défis des armées et des systèmes de défense africains.

Un défis car cette diffusion du terrorisme a révélé la faiblesse et l’absence de l’Etat ; occasionnant ainsi la naissance d’une   économie criminelle et des mafias locales, le trafic de drogue, le trafic d’être humain,  les prises d’otage.  D’ailleurs les parrains  de ces illégalités sont bien connus, qu’il s’agisse de Moctar Bel Moctar, El Para ou d’Abou Ghoum Ghoum.

Or cette faiblesse et absence de l’Etat génèrent jour après jour une désagrégation du tissu social et installe définitivement un système de violation des libertés fondamentales et des droits constitutionnels des peuples africains.

Difficile de ne pas évoquer ici la question de la cyber sécurité, laquelle à l’heure des nouvelles technologies de la communication devient un enjeu de sécurité nationale, mais pour que les Etats africains puissent domestiquer ces nouvelles ‘’techniques’’, il faut un environnement propice, débarrassé des risques de dérapages que sont l’ethnisme, l’incitation à la haine entre enfants d’une même nation.

Ainsi, la reprogrammation stratégique passe-t-elle avant tout par une recomposition de l’armée qui ne doit plus être un foyer ethnique ou tribal,   mais doit promouvoir le mérite et inculquer le patriotisme et l’unité aux soldats.

Cela dit, une armée dans un pays où la population meurt de faim et est abandonné par l’Etat ne sert pas à grand-chose, au contraire elle peut s’avérer être le maillon faible et l’objet d’une cassure nationale . La tentative  de coup d’Etat manqué du lieutenant Kelly Ondo Obiang au Gabon en janvier 2019 a clairement montré qu’une armée n’est pas insensibles aux problèmes sociaux.  Mieux, les soldats de la RDC qui ressentent la misère comme les citoyens congolais lambda, ne se privent pas de racketter et d’exceller dans la promiscuité, oubliant que sa mission première est de protéger le peuple.

Il appartient donc aux gouvernements africains de penser véritablement aux peuples en apportant à ces derniers l’instruction,  la santé et l’alimentation afin de faire reculer les germes de la division ; dans cet élan, il faut un investissement de qualité sur la jeunesse africaine pour que celle-ci sache compter dans un monde en pleine mutation où l’Afrique doit apporter sa contribution.

C’est de cette manière que les pays d’Afrique subsaharienne, parviendront à éradiquer ces nouvelles menaces, en évitant au jeune continent de connaitre le même destin tragique que le Yemen.

Whylton Le Blond Ngouedi Marocko.

Analyse.

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